avoir plus de liens ?
Pour ce faire, n'hésitez pas à aller voir les sujets ouverts par les membres ici-même. Des membres comme Lyra Livanov, Teresa Ravenscar et Aelin Rosenbach ont besoin de vous !

avoir plus de rp/d'action ?
Encore une fois, c'est très simple ! N'hésitez pas à parcourir la recherche de rp, ou encore, vous pouvez obtenir une mission ! Si ça ne vous suffit pas, vous pouvez aussi faire intervenir un pnj dans vos rps !

Découvrir les topics communs en cliquant ici !

Le staff vous souhaite de joyeuses fêtes !



 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
fermeture définitive
Le forum ferme définitivement ses portes ! Pour plus d'informations cliquez ici

Too many war wounds
rebelles
avatar


▹ Mes comptes : à bas la schizophrénie intenvise
▹ Sur Aléria depuis : 08/11/2015
▹ Messages : 166
▹ Pseudo : Summer Child (Co)
▹ Disponibilité : Ralentissement
▹ Avatar : DOB
▹ Crédits : Belispeak



▹ Âge : vingt-trois ans que le vent souffle balaie son visage et que la liberté tonne en son être
▹ Nation : l'air, depuis toujours et à jamais
▹ Daemon : Lokia, une femelle jaguar imposante, douce lorsqu'il faut l'être, brutale comme son maître la plupart du temps, mais quelques une de ses attitudes ressemblent bien trop à Alexis, signe de leur puissant lien
▹ Profession : inventeur qui met ses talents au service de la rébellion, il est aussi souvent dehors à exécuter des missions sensibles
▹ Statut civil : officiellement célibataire, et souhaite le rester
▹ Don : Gael dispose du 6e sens, une forte intuition qui l'a plus d'une fois sauvé de mauvais pas. Même s'il ne le sait pas encore, il commence à s'en douter.
▹ Signe distinctif : une énorme cicatrice au niveau du cou, reste d'un combat avec un maître de l'eau. Une trace de brûlure qui lui lèche encore le flanc. Un tatouage, très bas sur la hanche, en forme de flèche.
▹ Allégeance : la rébellion, même si les idées que commencent à avoir les membres de sa famille l'effraient

Voir le profil de l'utilisateur

Too many war wounds
Dim 29 Nov - 14:53

Gael Livanov
All the things that you had lost will find their way to you
blowing in the wind
nom et prénom(s) ≈ Gael, un prénom qui file dans le vent, doux comme un soupir, Livanov ce nom encore glorieux qu'on s'efforce d'effacer âge, date et lieu de naissance ≈ né durant la chaude nuit du 29 août, il y a vingt-trois ans, au palais d'Aelia nation ≈ il est le fils de l'air le plus brûlant, fidèle à cet élément qu'il ne maîtrise que trop peu allégeance ≈ à ses principes, pour l'instant incarnés par la rébellion daemon ≈ Lokia, une femelle jaguar toute en finesse, animal qui devrait être brutal mais qui a bien souvent une silhouette légère, héritée plus d'Alexis que de son maître métier/fonction ≈ il est rebelle, et se sert de ses talents pour réparer quelques petites babioles ici et là, ou rendre la vie des rebelles plus confortables par quelques petites inventions. Il est aussi beaucoup sur le terrain, parce qu'il ne sait pas tenir en place statut civil ≈ célibataire et souhaite le rester, il n'a aucune envie que le secret qu'il partage avec son autre s'ébruite orientation sexuelle ≈ il n'aime qu'une seule personne et ce depuis toujours signe distinctif ≈ une flèche, tatouée très bas sur la hanche droite, et une autre sur le poignet droit, plus ancienne particularité ≈ il a le don du 6e sens, la forte intuition. Il n'est calme que lorsqu'il démonte ou invente quelque chose qualités ≈ fidèle, intuitif, perspicace, charismatique, agréable, ouvert défauts ≈ casse-cou, rancunier, têtu, impulsif

to know a little more about you
il maîtrise très mal son élément, parce qu'il ne sait pas se concentrer, et sa maîtrise ne s'est déclenchée qu'à sept ans. Pour compenser, il se contente de forcer l'air à lui obéir, presque avec violence. Très sujet aux émotions, il aurait fait un bon maître du feu
Gael déteste être touché, et se limite aux strict minimum pour les interactions sociales. Ça a beaucoup frustré sa mère, lorsqu'il était enfant, et ça peut surprendre mais ses amis en prennent vite l'habitude.
c'est un grand idéaliste, capable d'accorder sa confiance à presque tout le monde, et d'une méfiance quasi nulle. Très grand naïf obsédé par la liberté de tous, il veut redonner aux siens l'honneur d'être un enfant de l'air, et la sécurité d'une patrie.
il a pour son père une profonde admiration. L'une de ses plus grosses frustrations, c'est de ne pas être le fils que son père aurait voulu, même s'il s'est appliqué avec beaucoup d'efforts. Parce que, contrairement à Alexis, il est loin d'être le calme maître de l'air que Jon aurait voulu qu'il soit.
il a des relations plutôt compliquées avec sa mère, et ce depuis l'enfance. Malia a longtemps essayé de séparer ses garçons, ce que Gael ne peut pas supporter.
c'est lui qui a décidé de rejoindre la rébellion en premier, en emmenant Natalia avec lui. Il n'a pardonné qu'il y a peu à Alexis de les avoir laissé pour faire demi-tour à Antrakar avec Aleya, et il s'efforce d'oublier, mais sa paranoïa revient au galop à chaque fois.
Lokia a adopté sa forme définitive alors que Gael avait quinze ans, mais se changeait déjà bien souvent en jaguar depuis plusieurs années. Elle ressemble à son maître mais a quelques traits provenant indéniablement d'Alexis. Ça, seulement les jumeaux le savent, et ils sont persuadés que c'est la preuve de leur lien.
Gael n'a jamais eu de relations amoureuses, et si quelqu'un est déjà tombé amoureux de lui, il ne l'a jamais remarqué. Ce n'est d'ailleurs pas quelque chose qui l'intéresse.
le jeune homme est très doué de ses mains, et si ce n'est pas avec sa maîtrise qu'il se sent fils de l'air, c'est bien avec cette curiosité insatiable. Il aime comprendre comment fonctionnent les choses, et n'hésite pas à mettre ses mains dans le cambouis. Se salir, Gael s'en fiche complètement, et si Alexis ne plissait pas le nez dès qu'il commençait à être trop sale, Gael aurait pu passer plusieurs jours sans se laver.



prénom, pseudo ≈ Summer Child, Coralie  canard  âge ≈ 23 ans  avis sur le forum ≈  ananas comment l'as tu découvert ≈Bazzart, à l'origine  so personnage ≈ (x) inventé (x) prédéfini (x) scénario  (la génèse de ce perso est un roman à elle toute seule  whaat )avatar ≈ Dylan O'Brien  dernier mot ≈  fire1  llama





I saw the different things you did,
But always you yourself you hid.
I felt you push, I heard you call,
I could not see yourself at all
Revenir en haut Aller en bas
http://kandrakar.forumactif.be/t120-too-many-war-wounds
rebelles
avatar


▹ Mes comptes : à bas la schizophrénie intenvise
▹ Sur Aléria depuis : 08/11/2015
▹ Messages : 166
▹ Pseudo : Summer Child (Co)
▹ Disponibilité : Ralentissement
▹ Avatar : DOB
▹ Crédits : Belispeak



▹ Âge : vingt-trois ans que le vent souffle balaie son visage et que la liberté tonne en son être
▹ Nation : l'air, depuis toujours et à jamais
▹ Daemon : Lokia, une femelle jaguar imposante, douce lorsqu'il faut l'être, brutale comme son maître la plupart du temps, mais quelques une de ses attitudes ressemblent bien trop à Alexis, signe de leur puissant lien
▹ Profession : inventeur qui met ses talents au service de la rébellion, il est aussi souvent dehors à exécuter des missions sensibles
▹ Statut civil : officiellement célibataire, et souhaite le rester
▹ Don : Gael dispose du 6e sens, une forte intuition qui l'a plus d'une fois sauvé de mauvais pas. Même s'il ne le sait pas encore, il commence à s'en douter.
▹ Signe distinctif : une énorme cicatrice au niveau du cou, reste d'un combat avec un maître de l'eau. Une trace de brûlure qui lui lèche encore le flanc. Un tatouage, très bas sur la hanche, en forme de flèche.
▹ Allégeance : la rébellion, même si les idées que commencent à avoir les membres de sa famille l'effraient

Voir le profil de l'utilisateur

Re: Too many war wounds
Dim 29 Nov - 14:54

Rage is hard to tame
because all I need is to breath your air to feel alive
But feeling alive is actually not enough for my angriness and i want to drink your all soul
Du plus loin qu’il se souvienne, Gael a toujours croisé en levant les yeux ce regard ambré si semblable au sien. C’est quelque chose qui le rassure, de savoir qu’il n’est pas seul, et c’est quelque chose de naturel de chercher sa main pour trouver un point d’accroche. Il a peu de souvenir des premières années de sa vie, si ce n’est qu’il a toujours vécu très près de son double et refusait d’en être séparé. Ils sont en train de jouer ensemble, Alexis à demi-allongé dans son lit avec un livre d’images sous les yeux, tandis que Gael tourne et retourne un casse-tête en bois que lui a ramené son père d’un voyage étranger. Mais il n’arrive pas à le résoudre, parce qu’il n’est pas concentré. Il ne cesse de lever les yeux pour les poser sur son jumeau, paisiblement plongé dans son histoire. Il y a quelques jours à peine, leur mère a isolé son double dans sa chambre afin que le médecin l’ausculte, et Gael s’était vu interdit de pénétrer dans la pièce. C’est la première fois que son jumeau est aussi malade, et c’est la première fois qu’il a aussi peur. Dans sa tête de tout jeune enfant, il voyait déjà le grand médecin prendre son frère pour l’emmener ailleurs afin de le soigner dans un hôpital de la capitale, si loin d’ici. Loin de lui. Malia a ri lorsqu’il lui a dit, plein d’angoisse, mais la peur ne part toujours pas. Aujourd’hui, il a pu retourner jouer avec lui, mais Alexis est vite fatigué, alors leur mère a fait promettre à l’aîné d’être calme. Et Gael respecte sa promesse, craignant trop la punition. « Ça va ? » chuchote-t-il à son frère. Alexis papillonne des yeux et lui sourit. Très tôt déjà, Alexis a eu ce sourire si tendre reflétant toute la candeur de son être. « T’es là, alors ça va mieux. » Gael sourit et vient s’asseoir au bord du lit de son frère pour se pencher et poser un baiser sur sa joue pâle. « Guéris vite, on pourra retourner dehors ! »

« Gael… » Sa mère soupire et essaie de passer sa main dans les cheveux de son aîné, mais le gamin se défait de son étreinte et évite la caresse. Il ne se rend pas compte de l’étincelle de souffrance qui passe dans les yeux de Malia alors que les siens s’emplissent de défiance. « Arrête un peu, Alexis travaille sa maîtrise avec ton père. Il ne s’amuse pas. » L’enfant ne répond pas. Il n’a pas développé sa maîtrise, lui, et ne comprend pas pourquoi on lui enlève son frère. Qui plus est, du haut de ses cinq ans, il a du mal à comprendre pourquoi d’un seul coup son père, qui l’a toujours préféré, ne veut plus de lui. Il a beau avoir fait un caprice, personne ne lui cède, mais le gamin ne comprend toujours pas. Ils ont toujours tout fait ensemble, alors est-ce que ça poserait réellement un problème si Gael se case dans un coin, juste pour regarder, sans bouger ? « Ne fais pas de caprice, s’il te plaît. » soupire sa mère avant de le laisser pour s’occuper de Natalia.
Gael laisse échapper un grognement mécontent, et s’en va d’un pas colérique à l’extérieur. Malia le lui a interdit, parce qu’elle veut l’avoir à l’œil et l’empêcher de perturber les séances de son jumeau, alors pour la défier Gael lui désobéit. Mais alors qu’il se dirige là où ont disparu Jon et Alexis, il hésite. De ce qu’il sait, la maîtrise est quelque chose d’à part, qu’on ne partage pas, et c’est un art qui doit être aussi particulier que son possesseur. C’est personnel. Et si Alexis ne voulais pas partager ça avec lui ? D’un seul coup, il a envie de pleurer. Il s’arrête soudainement et reste les yeux fixés sur l’horizon tandis que les larmes montent dans ses yeux.
« Eh ! » Il sursaute, et une larme s’échappe. Il la frotte rapidement pour la faire disparaître tandis qu’une gamine hirsute le dévisage. « Pourquoi tu pleures ?
– Je pleure pas !
– Menteur !
– Je pleure pas ! » répète le gosse, et de ses grands yeux bleus, la petite fille le fixe. « T’es un Livanov, c’est ça ? » Il hoche la tête de haut en bas, en essayant de se souvenir du visage de l’inconnue. « Et toi, t’es qui ? » Elle hausse les épaules, comme si ce n’était pas important, et Gael insiste. « C’est pas juste, tu sais qui je suis toi !
– Sofya. Ma maman travaille aux cuisines. » Elle dit ça rapidement, comme si elle en avait honte. « T’as de la chance, tu dois avoir le droit d’aller chercher des gâteaux alors. » Sofya rigole, un rire léger et naturel qui enlumine son visage. « Allez viens, je t’y amène ! »

« Allez, allez, montre-moi ! S’il te plaît ! » Il fait les yeux doux, Gael, mais son cousin se contente de rire sans céder. Il est tout jeune encore, mais l’appareil que son cousin a dans les mains l’attire. Il l’a écouté expliquer son fonctionnement à Jon, son père, mais n’a pas tout compris. Et il veut comprendre, le gamin. Pour ça, il a besoin de voir avec ses mains. « C’est hors de question, Gael, tu es encore trop petit, tu vas tout casser.
– Mais non, je ferais attention, promis ! » Adrej soupire, et se penche vers lui pour lui montrer. L’appareil photo est beau, décoré de dorures, remis à neuf par les mains expertes de son cousin. Dans sa famille, certains ont un don pour inventer et réparer, Jon et son Andrej en font partie. Ils impressionnent l’enfant qu’est encore Gael, croyant à de véritables miracles dès qu’ils touchent quelque chose. « Quand tu seras plus grand, je te montrerais comment il marche. Mais tu es encore trop petit pour tout comprendre. » Le jeune homme le décoiffe gentiment en lui frottant les cheveux, et Gael, comme d’habitude, a un geste de recul. Il ne remarque pas que son père le regarde avec une lumière d’intérêt nouvelle dans les yeux. Et quelques jours plus tard, Gael suit son père dans les étages, une des plus hautes tours. Il n’a pas peur, loin de là, et il sent la fraîcheur des pierres caresser sa peau. « Tu devais pas entraîner Alexis ? » Son père a un sourire mystérieux. « C’est de toi dont je vais m’occuper aujourd’hui, Gael. » Le garçon se dit que c’est bizarre puisqu’il n’a pas déclenché sa maîtrise, contrairement à Alexis. Mais les mots ne viennent plus lorsque son père ouvre la porte. « Voilà mon atelier ! » Gael garde la bouche grande ouverte. Cette pièce, l’antre de Jon, ne leur a jamais été ouverte, et pour cause : trop d’objets fragiles ici et là. Au centre de la pièce, un large mécanisme ailé à taille humaine, projet sur lequel travaille Jon depuis des années. Des tables de travails sur lesquelles des pièces métalliques sont éparpillées, des plans croqués accrochés au mur, des lampes ici et là, des loupes, des tournevis, des pinces, des fils électriques… La pièce regorge de trésors et Gael papillonne des yeux. Son père vient mettre sa main sur son épaule et lui dit « Viens avec moi, on va travailler sur le petit chauffage, là-bas. » Le garçon suit Jon docilement, et s’installe sur un tabouret de travail que son père règle à sa hauteur. Il attrape naturellement un tournevis et regarde à travers une loupe oculaire qu’il fixe devant son œil droit, imitant le geste de son père. Le rire de Jon emplit la pièce, et tous les deux se mettent au travail.

Ca y est. Enfin. Il sent que l’air bouge, lui répond, il se sent enfin fils de l’air. Elle est venue comme ça, d’un coup, alors que Malia venait de les séparer sur un prétexte idiot, lui et son frère, encore une fois. Et soudainement, l’air a vibré autour de lui, faisant naître une violente bourrasque claquant autour de sa main. Sa colère ne s’apaise pas, elle se transforme plutôt en une crise d’hystérie joyeuse où il rit aux larmes. Il a enfin trouvé une manière de dominer l’air récalcitrant, qui obéit tellement bien à son frère mais qui se rechigne à lui céder à lui. Gael a sept ans. A l’instant où il réalise l’exploit qu’il a fait, un mélange d’émotions l’envahit, de l’amertume au bonheur, et il ne se rend pas encore tout à fait compte des conséquences de cette maîtrise trop mal domptée.

« Ramène-toi, gros balourd !
– La ferme, l’anorexique ! » Ils ont huit ans, mais ils n’ont pas perdu leur habitude à aller partout dans le palais. Même si depuis les entraînements de Gael, celui-ci a moins de temps, il trouve toujours un petit moment à accorder à sa meilleure amie. Ils grimpent l’un et l’autre sur le plus haut toit du palais, après s’y être glissés depuis la petite fenêtre d’une tour. Le pas de la jeune fille est léger sur les tuiles, à peine audible dans les rafales de vent, tandis que celui de Gael se fait déjà bien entendre. Lokia le suit, ayant pris l’apparence d’un petit aiglon. Sofya trouve enfin un endroit qui semble lui convenir, et elle s’arrête, s’y installant presque sans effort apparent. Encore une fois, Gael se rend compte qu’elle ressemble à son jumeau, alors que lui a un peu de mal à maîtriser les vents qui se déchaîne dans les hauteurs où ils sont. Il a à peine le temps de s’asseoir que Sofya pointe quelque chose du doigt. « Eh regarde, on voit ton frère d’ici ! » Gael plisse les yeux pour apercevoir sa moitié en plein exercice avec son père, et il sourit. D’ici, il peut constater la fluidité des mouvements de son double, si parfait. Il est fier de lui, évidemment, même si une part de lui envie son jumeau. « Il est doué, quand même, » soupira Sofya, et Gael peut sentir l’acidité teintant sa remarque. Il sait très bien que Sofya et Alexis ne peuvent pas s’entendre, et il a abandonné l’idée de les réconcilier. Lokia vient se poser sur son épaule, et Gael flatte ses douces plumes. Les enfants regardent le paysage en silence, étrangement calmes l’un est l’autre. L’ambiance est un peu lourde malgré la légèreté du vent qui vient souffler dans leurs cheveux. « J’ai peur de la guerre, » finit par souffler Sofya. Gael jette un regard au profil de sa meilleure amie. Il est droit, fier, presque dur, volontaire comme il l’a toujours connu. Sofya n’a peur de rien, pour lui. Qu’elle avoue ses faiblesses le touche. Il finit par trouver sa main et il la serre, geste rare qu’il ne fait pas souvent avec quelqu’un d’autre que son jumeau. « Moi aussi, » lui répondit-il.

« Où est-ce qu’on va ? » Gael est d’une nature curieuse. Il aime comprendre ce qui l’entoure, que ce soit un  détail insignifiant ou des discussions d’adultes qu’il n’est pas censé écouter. Alors, Gael pose des questions, et alors qu’on lui intime de prendre ses affaires, alors que la maison de son enfance est sans dessus dessous, alors que sa mère boucle leurs valises, le gamin de onze ans qu’il est veut comprendre. Malia lui sourit, lui dit qu’elle lui expliquera plus tard, et qu’ils doivent se dépêcher. Rongeant son frein, Gael lui obéit en empaquetant vêtements et ses objets les plus précieux aussi vite qu’il peut, et part retrouver sa mère, dans la chambre de Natalia, qui s’occupe des affaires de sa fille. Il fait nuit noire, et malgré les lumières, il ne peut s’empêcher de trouver l’atmosphère angoissante. Un chouinement de sa jeune sœur, à peine arrachée aux limbes du sommeil, le force à refouler ce sentiment pour se pencher vers elle et la prendre dans ses bras pour la rassurer. Il murmure des petits riens pour la faire penser à autre chose, et ça semble marcher puisque la petite lui sourit. C’est la guerre, dehors, Gael le sait. Il ait aussi que c’est dangereux, et quel malgré le sourire de ses parents, ces derniers ne parviennent pas à cacher les rides d’angoisse qui barrent leurs fronts. Ce qu’il ne sait pas, durant cette nuit noire, c’est qu’il passe le pas du palais de sa famille, qui l’a vu naître et grandir, pour la dernière fois. Mais quelque chose se serre au fond de lui, quelque chose qui le rend mal. Il accroche sa main à son sac pour se retenir de la porter à celle de son jumeau, qui marche à côté de lui, ayant peur que sa mère ne le remarque même dans la nuit qu’ils traversent. C’est seulement en voyant qu’Alexis a l’air encore plus effrayé que lui qu’il ose enfin emmêler ses doigts aux siens. « T’es pas tout seul, Alex. » Il garde sa main le plus longtemps possible alors qu’ils traversent le pays, et ne la lâche que lorsqu’ils semblent être arrivé et que son père lui intime de le rejoindre. Le regard qu’il lance à son double se veut rassurant, avant qu’il ne suive la haute foulée de son père. Les cheveux blonds de Jon accrochent le peu de lumière que le petit matin exhale, et attirent l’œil du garçon. Son père est grand, sûr de ce qu’il fait, protecteur, réfléchi. Gael sait très bien qu’il ne ressemble pas à cet homme, que la guerre plie sans rompre, et que ce n’est pas qu’une question de couleur de cheveux. Il fait semblant d’être fort, mais le gamin est perdu, sans aucun repère, et sa mère refuse de répondre aux questions qu’il lui pose. Sous la forme d’un minuscule chinchilla, Lokia, cachée depuis des heures dans le creux de ses vêtements, remonte le long de son torse pour venir se loger derrière son oreille, et Gael sent sa douce chaleur le rassurer. Jon s’accroupit pour être à la hauteur de son fils, et ses yeux dorés se posent sur son aîné avec amour. Il ne dit que très rarement qu’il les aime, mais Gael a appris à faire attention à ces détails. A cette manière qu’on ses yeux de s’illuminer lorsqu’ils se posent sur sa famille. Il prend l’épaule de son aîné et la serre, et aussitôt, Gael se sent mieux. Un pouvoir étrange que son père a. «  Je sais que tu as besoin que je t’expliques ce qu’il se passe. » Le gamin hoche doucement la tête, et son père commence son récit. Gael garde les lèvres closes, respectueusement, alors que son père lui narre la défaite de leurs troupes, et la nécessité pour les Livanov d’avoir des membres près de leurs alliés de la Terre. Et que ce sont eux, branche cadette, qui a été choisie pour cela. Il semble totalement évident à Gael d’avoir suivi son père, et ne regrette pas le choix de ce dernier, même si les hauteurs du palais d’Aelia lui manquent déjà. La large main de son père vient tapoter sa tête et Gael finit par lui sourire. En quelques minutes, le poids qui alourdit sa poitrine s’est allégé face aux mots rassurants de Jon, à qui il fait aveuglément confiance. Il se sait à l’abri, ici : son père y veille.

Gael cherche les nœuds familiers du tronc sur lequel il grimpe, rapidement. Il a l’habitude de cet exercice. Il sait que sa mère va encore le punir, morte d’inquiétude qu’un jour il finisse par tomber et se briser la nuque. Mais l’adolescent savait qu’il ne tomberait pas : il était un fils de l’air et l’air a toujours protégé ses enfants. Les branches le griffent et les feuilles lui chatouillent le visage, mais il continue de monter. Il sait que le jeu en vaut la chandelle. Atteignant la cime de l’arbre centenaire, le plus grand et le plus gros de tout le jardin, il lève enfin les yeux et contemple l’horizon qui s’étale à perte de vue. Le vent vient frapper son visage et s’engouffre dans ses cheveux, comme pour lui dire qu’il l’attendait. C’est ici qu’il est bien, Gael. Le visage en plein vent, les mains dans les nuages, les pieds si loin du sol. Une vieille légende de son peuple raconte qu’un maître du vent, à force de côtoyer le ciel, a fini par se changer en oiseau pour voler. Le gamin qu’il est encore ne rêve que de ça : qu’il lui pousse des ailes pour s’envoler loin d’ici, là où il veux libre, aussi libre que le vent qui lui balaie le visage. Mais Gael sait bien que les rêves étaient faits pour être rêvés et non pour se réaliser. Ça ne l’empêche pas de rester un bon moment, le nez au vent, les yeux dévorant le spectacle de maisons, cours, rues, champs et forêts qui s’étale sous ses pieds. Il plisse les yeux pour essayer de voir le plus loin possible. Peut-être que s’il fait attention, il pourra voir ses montagnes natales, la terre d’où il vient et à laquelle il appartient. Dans son cœur sonne un refrain qui chantonne qu’un jour, il y reviendrait. « Gael ! » Le garçon baisse les yeux vers le sol, pour voir sa petite sœur secouer les bras dans sa direction. La culpabilité lui fait mordre sa lèvre, sachant très bien ce que sa cadette avait en tête. « Ne grimpe pas, lui dit-il, tu vas te casser quelque chose ! » Plutôt parler à un mur, dirait l’autre. Natalia ne l’écoute pas le moins du monde, coince ses pieds et ses mains dans les prises qu’il a lui-même utilisées et le rejoint rapidement, agile comme un écureuil. Elle reprend son souffle, et ensemble, ils regardent l’horizon en silence. Comme à leur habitude. Natalia et Gael partagent cette frustration d’être enfermés, ce besoin de voler, de s’échapper de leur prison dorée. Tous les deux savent que leurs parents avaient de bonnes raisons, même s’ils ne les comprennent pas toutes. Gael passe le bras autour des épaules de sa sœur, la serrant contre lui tout en gardant leur équilibre précaire en haut de l’arbre. Un jour, il les emmènerait, elle et Alexis, pour découvrir le monde. Alors que le coucher du soleil envoie des couleurs chaudes dans le ciel, il colle un baiser sur les cheveux de Natalia, et lui chuchote : « On devrait descendre avant que maman nous tombe dessus. » Elle soupire d’exaspération, ce qui le fait rire, et ils retournent sur le sol. Peu après, Malia Livanov arrivait près du fameux arbre, plissant les sourcils. Gael et Natalia affichent la même moue innocente, et cela suffit à Malia pour qu’elle décoche un sourire. « Allez, venez tous les deux, votre père vous attends pour votre leçon. »

C’est le soir, très tard. Il s’est remis à construit cet énorme éventail qu’il a difficilement transporté dans sa chambre et qui s’étale sur tout le sol de la pièce. Le mécanisme le fascine, et après l’avoir reproduit sur un plus petit modèle, qui trône sur son bureau, Gael a voulu le faire à taille humaine. Il en est à la dernière phase, celle de la peinture, qui embaume sa chambre et qui a malencontreusement atterri sur son visage. Ses souvenirs d’enfance refluent dans sa mémoire, automatiquement, sans qu’il ne les cherche, et lui servent pour faire les décors des grandes lames de bois. La lueur du soleil commence à décliner, il doit être vingt-deux heures passé, ils sont en plein été. Le garçon n’a pas remarqué que depuis bientôt une heure, il n’est plus tout seul. Plongé dans son art, qu’il pratique exceptionnellement avec une grande concentration et une extrême minutie, il n’a même pas aperçu son frère qui s’est installé sur le lit pour le regarder. Il ne se rend même pas compte de l’intensité de ce regard, plein d’amour et d’admiration, qui redessine son profil avec tendresse, et des sourires qui se font à chaque fois que l’aîné tâche son visage. Les décors qu’il crée sont plein de volutes, toute en finesses, et rappellent les gravures sur les murs extérieurs, juste devant l’entrée du palais d’Aelia. Gael ne savait même pas que sa mémoire les avait aussi bien enregistrés. Ce n’est que lorsqu’une légère brise vient effleurer sa joie pour la troisième fois d’affilée qu’il lève les yeux, enfin et rencontre ceux de son double. Il cligne des paupières, se rendant compte qu’il n’avait pas fait ce geste depuis deux bonnes minutes et que les larmes commencent à le piquer. « Oh pardon, j’avais pas vu que t’étais là. » Du poignet, il essuie ses larmes. « T’étais un peu long alors je m’occupais. » Alexis a un sourire malicieux. « Ca fait une heure que je suis là, Gael. » Gael hausse les sourcils, surpris. « Oh… »  Son frère éclate de rire. « Mais pourquoi tu m’as rien dit ? » s’offusque l’aîné. Le rire d’Alexis se fane un peu tandis qu’il pose sur lui un regard plein de ce que Gael ne sait pas encore bien décrypter, mais qui lui retourne l’estomac, lui fait faire un grand huit, et lui picote la peau. A treize ans, il ne sait pas encore trop bien ce que c’est et a même un peu peur de le définir. « Parce que j’aime bien quand t’es comme ça. » et, avec un gloussement, il ajoute « Calme et concentré » Gael essaie de paraître vexé, mais son sourire décrédibilise tout. « Oh, ça va, je sais bien que je ne suis pas aussi parfait que toi ! » Il se lève pour aller l’attraper et se venger à coups de chatouille mais son frère plisse le nez « Ah, non, Gael, t’es plein de peinture, c’est dégoûtant ! » Et l’aîné prend un malin plaisir à étaler de la peinture argentée sur la joue de son frère, un sourire vengeur aux lèvres, commençant les hostilités.

Il ne dort plus depuis un moment maintenant. Ça doit faire quelques heures qu’il est réveillé, et qu’il sent le souffle endormi de son frère contre son cou, ce souffle qui l’empêche de se rendormir. Sa peau le picote tout entier, quelque chose s’allume au fond de son ventre et se tapit, comme un félin prêt à bondir. Il retient sa respiration lorsque les lèvres de son double s’agitent légèrement sur sa peau, posant un baiser qui fait mine de ne pas en être un, et murmure un bonjour qui s’étouffe contre le cou de l’aîné.  Gael n’en peut plus. Il craque et pousse son frère pour être au-dessus de lui et le dominer, suivant son sale instinct primaire, le regarde sans le voir et s’abaisse pour l’embrasser. Il est hésitant mais Alexis lui répond rapidement, l’accueille contre lui, l’enlace, et Gael s’écrase pour que leurs corps se rencontrent. Son cœur bat la chamade, il a besoin de plus, encore, il se colle contre lui, soupire, écoute le souffle de son double se perdre, ose caresser sa langue de la sienne et se perd dans toutes les sensations qui le prennent. Un courant électrique court le long de sa colonne vertébrale. Quand il s’arrête, ensemble, Gael a l’impression que plus rien n’a d’importance sinon lui, le sourire qu’il lui offre et le rire qu’ils partagent. Heureux, Gael est soulagé Il met toute sa tendresse dans sa réponse au baiser d’Alexis.

Gael soupire en regardant ses bras. Son entraînement l'a blessé un peu partout, et il sait très bien l'accueil qu'il va recevoir en rentrant dans sa chambre. « Gael ! » Il lève les yeux au ciel alors qu'il vient à peine de pousser la porte. « Oui, Alexis ? » Son frère se lève aussitôt du lit où il était assis en tailleur pour méditer, et s'empresse de relever les manche de son haut pour l'analyser. L'aîné l'entend soupirer. « J'y peux rien... » Alexis le regarde en haussant les sourcils. Bon, d'accord, il pourrait faire plus attention pendant les entraînements ou même dans sa vie quotidienne. Gael est naturellement maladroit là où Alexis fait attention sans même s'en rendre compte. Son frère passe les doigts le longs des nouvelles petites égratignures qui ornent son avant-bras. « Ca va partir... » Alexis fait la moue et soulève son vêtement pour analyser le reste de son corps. Gael sait qu'il est parti pour une bonne demie heure à ne pas bouger, sous le regard scrutateur de son jumeau. Ca l'agace autant que ça l'amuse, cette petite habitude que son jumeau a depuis des années. « Je peux m'asseoir avant, quand même ? » Alexis roule des yeux « Bien sûr. » Ils prennent place au bord du lit, et Gael laisse faire son frère en le regardant. C'est la première fois depuis plusieurs jours qu'Alexis est là à son retour d'entraînement, et il a plusieurs jour sde séances de cicatrices à rattraper. Gael sait que ça va prendre un peu de temps, mais il s'en fiche, il préfère ça que de savoir son frère ailleurs. Avec quelqu'un d'autre. Brusquement, Gael se penche vers son frère et l'embrasse, soudainement, brièvement, juste pour que leurs lèvres s'effleurent. « Gael... » Il ne répond pas, et se penche de nouveau pour lui réclamer un baiser, cette fois plus brutal. Alexis lui répond, comme d'habitude, lutte un peu en donnant le change et finalement oublie de faire l'inventaire de ses blessures.

Gael va s’entraîner ce jour-ci. Il faut qu'il parvienne à se concentrer ne serait-ce que quelques minutes, et c'est pourquoi Alexis lui avait dit d'essayer de se tenir, droit comme un i, sur un poteau à mi-hauteur. S'il tombe, c'est qu'il ne se concentre pas assez. Alexis l'aide souvent à affiner sa concentration, lui qui est d'un tempérament toujours calme ou presque, lui qui est le parfait maître de l'air que veut leur père. Gael ne lui en veut pas, non. Pourquoi faire ? Après tout, il était fier de lui ! Comment en vouloir à son double ? En le voyant de loin, si stable sur son poteau, habité d'un calme olympien, Gael se sent sourire imperceptiblement. Rien qu'à le regarder, quelque chose s'apaise au fond de lui, tandis qu'une autre jaillit de sa conscience pour dire « il est à moi ». Gael a toujours été possessif avec son frère, beaucoup plus qu'avec n'importe qui. Parce qu'Alexis est bien plus que son jumeau, c'est cet autre qu'on a injustement séparé de lui. Après une paire de minutes à le regarder sans un bruit, il joint ses mains pour lui envoyer une grande bourrasque. Alexis perd son équilibre, lui lance un « Gael ! » moitié indigné, moitié rieur, et contre-attaque aussitôt. A son tour, Gael est soufflé par une rafale de vent et, se prenant au jeu comme des enfants, les jumeaux usent de leur puissance pour s'affronter. Jusqu'à ce que Gael voie une ouverture et, d'un croche-pied savamment calculé, fait chuter son frère. Il le maîtrise sans difficulté et, au-dessus de lui, le voit sourire malicieusement. Leurs yeux s'ancrent. « Et maintenant ? » Maintenant ? Maintenant, Gael a l'envie quasi irrépressible de s'emparer de ce sourire et de le garder pour lui, de l'écraser de ses lèvres pour apaiser la chamade de son coeur et pour empêcher quiconque d'autre que lui de le voir. A l'affût, il lève les yeux pour regarder s'il peut, mais voit leur père s'approcher d'eux. Il rafferme sa prise, se pencha pour lui chuchoter «   Et maintenant, j'ai gagné, » assez près pour que son souffle chatouille sa peau. Alexis se débat, et Gael le laisse filer en riant, satisfait. C'est assez rare qu'il parvienne à maîtriser son frère. Il crie à l'injustice, et leur père intervient. « C'était sournois, Gael. » Les mots de leur père rendent cette victoire plus amère, si bien qu'il se ferme à leur conversation. Peut-être que ce n'est pas dans les règles, mais il combat ainsi. Gael a beau essayer de se conformer à ces fichues règles, il sait désormais que celles-ci ne s'appliquent par pour lui.

Alexis lui sourit, encore, se penche, l’embrasse, et Gael lui répond doucement, avant de perdre un peu le contrôle de ses mains qui partent voguer ou bon leur semble. Ca n’a pas l’air de déranger Alexis, qui limite, et Gael sent les doigts de son double courir le long de ses épaules, ses paumes se presser sur son torse, son souffle s’échouer dans son cou. Une chaleur commence à naître au creux de son ventre, elle pousse son corps à réagir avec intensité, elle lui fait souffler le prénom de son autre, une fois de plus, la voix plus basse. La peau sous ses mains tremble, sa bouche est de nouveau assaillie et il se sent de nouveau dépassé par tout ce qu’il ressent. Une explosion de sensations, qui n’attendaient qu’un signe pour apparaître à la surface de son être. Le baiser s’arrête, et le souffle d’Alexis sur ses lèvres lui fait se rendre compte qu’elles sont presque douloureuses de l’avoir trop embrassé. Gael sent la main de son frère s’égarer sur son ventre, un peu plus longtemps qu’à l’ordinaire et, comme d’habitude, il ne fait rien pour l’en empêcher. Il ne réagit pas, si ce n’est son souffle qui s’emballe et son cœur qui manque un battement, lorsque les doigts d’Alexis s’aventurent un peu plus loin. Un gémissement trop haut perché, presque étranglé, s’échappe de sa gorge lorsque leur fraîcheur se répand contre sa peau. Il ne dit rien, serre les lèvres, ferme les yeux, n’est plus qu’un corps qui ressent et une âme qui aime. Ses mains vont trouver toutes seules le creux des reins d’Alexis, ce point sensible qu’il est le seul à connaître, et ses doigts y appuient avec fièvre. Il cherche à lui arracher un autre baiser, lui vole sa bouche pour étouffer ses soupirs. Ils n’ont jamais fait ça mais à l’instant, Gael s’en fiche. Il l’aime, et voudrait l’aimer encore jusqu’à la fin de ses jours. Parce qu’il sait que ce qu’il a au fond du ventre, ce qui serre son cœur et fait se taire sa conscience n’aura jamais de fin, ce besoin qui court sans arrêt sur sa peau. Il ne sait pas ce qu’il y a dans la tête de son jumeau alors que sa main glisse encore sur lui, il ne sait pas non plus pourquoi ça lui plaît. Il ne sait pas non plus ce qui fait revenir sa conscience à la surface, comme un éclair dans une nuit noire. Peut-être la main d’Alexis qui se fait d’un seul coup plus hésitante. Parce qu’il est devenu expert dans l’art d’éviter la gêne qui les prend toujours après leurs coups de folie, Gael va chercher sa main, lie leurs doigts et le baiser qu’il lui donne s’attendrit. Sa main libre remonte sagement jusqu’à sa nuque, qu’elle caresse, puis dérive jusqu’à sa mâchoire et du pouce, il caresse les lèvres de son double lorsque l’échange se brise. Ses yeux s’accrochent à leur reflet, où il lui semble voir la même flamme, la même retenue. « Bon anniversaire à toi aussi, » lui souffle-t-il enfin. Le sourire d’Alexis illumine son visage, et Gael se perd encore une fois, sentant son cœur faire ce soubresaut particulier. Une acrobatie qu’il ne fait que pour celui qui se blottit contre lui après l’avoir repoussé contre le matelas. Le brasier au fond de son ventre ne s’est pas éteint, Gael le sait. Alors qu’il dispense des caresses le long du dos d’Alexis, il sent les flammes redevenir de simples braises qui n’attendent qu’un geste de sa part pour le brûler tout entier.

Il essaie comme il peut de se pencher sur le moteur thermique que son père lui a mis entre les mains. Parce qu’il n’a pas le temps, selon lui, mais Gael sait très bien que c’est dans le but de l’occuper. Jon a bien vu que son fils aîné n’est pas très bien en ce moment, et cherche quelque chose pour faire revenir un peu de couleurs sur son visage. Il a vingt-et-un an à présent, et le désir de s’en aller d’ici est revenu. Peut-être que s’il part d’ici en emmenant son jumeau et sa petite sœur, ils pourront voir le monde, comme il en crève d’envie. Peut-être qu’elle disparaîtra, aussi. Elle qui regarde son frère avec ces yeux, elle qui se permet d’abandonner sa main sur lui. Un sentiment de haine grandit de jour en jour à l’égard d’Aleya, sans qu’il ne puisse vraiment l’expliquer. Il ne sait pas vraiment ce qu’il ressent, pourquoi a-t-il aussi mal, pourquoi est-il aussi en colère alors que tout ce qu’il veut, c’est le bonheur d’Alexis ? Il a l’air heureux quand Aleya lui parle, il rit avec elle, et il la touche aussi, souvent. « Aouch ! » Gael peste et balance sa main dans l’air en essayant de chasser le coup de jus qui y court, envoie valser son outil qui roule sur le sol. Preuve qu’il n’a pas du tout la tête à ça : il vient d’essayer de travailler sans couper le courant, et a failli s’électrocuter. Un dernier regard noir vers l’endroit où le couple a disparu, et le jeune homme ramasse son tournevis, soupire et coupe l’alimentation électrique de la pièce. Il respire, essaie de faire le vide et de se plonger dans la concentration si relaxante qui le prend chaque fois qu’il laisse ses mains travailler, mais il n’y arrive pas, jette son tournevis qui claque au sol dans un bruit sourd, et se prend la tête dans les mains. « Eh Gael, calme-toi » lui fait Lokia dans son dos. Il ne sait pas ce qu’il se passe, et se met à espérer que la nuit tombe plus vite. C’est seulement la nuit qu’il pouvait se sentir bien.
Mais plus ça va, et moins il arrive à comprendre. Pourquoi Alexis fait ce double-jeu avec lui ? Pourquoi est-ce qu’il le garde caché, comme s’il avait honte que les gens sachent qu’ils soient proches ? Il supporte de moins en moins bien la présence de son frère, en journée. Parce qu’il est l’Alexis d’Aleya, il est quelqu’un d’autre qu’il ne connaît pas. Et puis, peu à peu, il se dit que c’est peut-être le vrai Alexis. Celui qui trompe tout le monde, y compris lui. Il n’en parle à personne, sinon Lokia, toujours avec lui, qui d’ailleurs n’a même pas besoin de mots pour comprendre : elle lui est attachée et ressent tout ce qu’il ressent. Elle aussi est confuse. Gael, ce sont ses repères qui tombent un à un, c’est un monde construit autour d’une seule personne qui s’effondre pour le laisser tout seul. Lui qui a vécu tous les jours de sa vie devant son reflet a l’impression que le miroir s’est brisé.

Cette nuit-là, alors qu’il entend la porte de sa chambre grincer, il sait qu’il doit faire ce qu’il a à faire. Parce qu’il n’en peut plus, Gael. Il n’en peut plus d’avoir l’impression d’être floué, trompé, trahi. Il n’en peut plus d’avoir le sentiment de n’être qu’un jouet aux mains d’un enfant égoïste, qui ne prend même pas soin de lui. Il n’en peut plus de ne pas comprendre pourquoi il est caché, pourquoi il est devenu soudain un objet dont on a honte. Il n’en peut plus d’être amoureux et que tout ce qu’il ressent soit utilisé contre lui, sans que ses sentiments ne retrouvent l’écho qu’il a cru pendant longtemps entendre. Alors il le repousse. Alors qu’Alexis cherche ses lèvres, le titille et veut jouer avec lui, Gael abandonne la partie. La colère le prend, la douleur aussi. Il le repousse, encore, cette fois avec des mots qu’il choisi glacials, un ton qu’il prend volontairement blessant. Il fait mouche, et il le sait. Alexis balbutie, se lève, le quitte sans comprendre et au lieu de se sentir libre, Gael se sent complètement détruit. Il ne s’est pas battu. Il n’a rien dit pour se défendre, pour les défendre, pour rester. C’est peut-être ça, le pire. « Gael… » Les larmes coulent, et il ne les retient pas. Lokia grimpe sur le lit pour prendre la place encore chaude de son frère et se blottit contre lui. Il la serre contre son cœur pour se calmer, ses sanglots s'étouffent dans la fourrure soyeuse et lisse de son daemon. Lokia le laisse faire et ne bronche pas, même si les doigts qu'il enfonce dans sa chair sont parfois trop brusques et trop violents. Elle sait qu'il en a besoin, elle sait qu'il ne veut pas que ça s'entende. Gael ne peut pas être faible. Gael ne peut pas céder à la déchirure qu'il ressent dans son coeur. Gael doit dépasser tout ça et être ce qu'on attend de lui. Il n'a pas le droit d'être aussi vulnérable et de souffrir à l'idée de le perdre lui. Il ne le perd même pas, pas vrai ? Il restera toujours son frère, même s'il ne le regarde plus, même s'il aime quelqu'un d'autre ? Gael prend une inspiration douloureuse, respire une fois, deux fois, trois fois, ne parvient pas à se calmer. C'est peut-être ça, le problème. C'est qu'il n'a pas envie qu'Alexis aime quelqu'un d'autre. Il l'a repoussé, hier, mais il a dû prendre sur lui pour rester ferme. Il est faible, devant lui, il pourrait tout lui pardonner, il lui a tout pardonné d'ailleurs. Jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus, jusqu'à ce qu'il se retrouve ainsi, pelotonné contre Lokia, la serrant douloureusement dans ses bras. Orphelin d'une moitié d'âme qu'il pensait avoir pour toujours. Il n'a plus qu'elle, à présent, pour pallier à la solitude qui envahit son être, elle pour l'aider à s'accrocher et ne pas tomber dans le vide qu'est devenue son existence.

Ça s'est passé tellement vite. Un matin comme un autre, Gael s'est levé et, comme d'habitude, s'est entraîné dehors, baigné par la fraîcheur du début de journée. Et, en croisant sa mère, il s'est penché vers elle pour l'embrasser, un salut qu'ils échangent tous les jours, sans exceptions, même dans leurs fréquentes périodes de froid. Sauf que ce jour-ci, sa mère le serre contre elle, fort, et Gael en est un peu surpris. Il échange un regard avec son jumeau, resté à l'écart, et sans qu'aucun mot ne soit échangé, Gael comprend. Sa mère bafouille un mélange indistinct où seuls les mots ton père sont clairs à l'oreille du jeune homme. Alors, sans réfléchir, il s'écarte de sa génitrice un peu brutalement et vérifie de part lui-même, se dirigeant dans de grandes enjambées vers la chambre parentale. Il y trouve Jon Livanov encore dans son lit, comme endormi. Seuls la pâleur de son teint et son souffle qui s'est éteint témoignait de l'horrible vérité. L'homme qui l'avait élevé, lui avait inculqué toutes ses valeurs, ce père dur, autoritaire et pourtant si doux vient de s'éteindre. Des questions se bousculent dans la tête de Gael, encore stupéfait. Choqué, il fait demi-tour et évite les bras qui se tendent vers lui. Besoin d'air, besoin d'espace, il va au jardin, vers ce grand arbre centenaire qu'il a maintes fois grimpé. Au passage, il croise sa cadette, mais est incapable de prononcer le moindre mot. Il reprend sa course pour éviter de lui montrer les larmes qui lui piquent les yeux. La vue brouillée, il accroche ses mains dans les creux du tronc et le grimpe, jusqu'en haut. Le vent vint aussitôt s'abattre sur son visage et sèche ses larmes. Dans le creux de la brise, il abîme ses yeux à chercher ses montagnes natales, à l'abri. Il ne descend que bien plus tard, bien après que la nuit soit tombée, et uniquement parce que sa mère l'appelle. Il évite son regard, celui de Natalia et celui d'Alexis, reste dans un état catatonique qui l'aide à se forger une carapace. Une carapace qui doit le rendre insensible à l'extérieur, mais qui surtout doit rendre invisible ses propres douleurs.
Quelques jours plus tard, ils sont là, tous les quatre, à quelques heures de la maison qu'ils avaient partagées pendant plus d'une décennie. Gael n'affiche aucune émotion et avance sans vraiment faire attention à ce qui se passe autour de lui. Alexis avait pris avec lui Aleya, et ça ne plait pas du tout à Gael. Gael s’est toujours vu en train de mener Natalia et Alexis à la découverte du monde, eux et eux seuls. Alors, qu'Aleya s'immisce entre eux encore, cela met les nerfs du jeune homme à rude épreuve. Alors, quand Alexis vient l'arrêter, il explose. Il crève d'envie de savoir, enfin, de comprendre. Comprendre pourquoi ils avaient été coupés du monde. Comprendre pourquoi il n'avait pas vécu sa vie comme il le voulait. Alors, parce qu'Alexis l'en empêche, parce que la présence d'Aleya près d'eux lui est insupportable, il se dispute avec son jumeau. Encore. Déchirant un peu plus le fil qui les relie depuis leur conception, déjà gravement malmené. Il ne peut pas s'empêcher de lui faire du mal. Lorsqu'il lance à son frère, son double, son reflet, son autre lui, un « Alors viens avec moi, si t'as si peur de ce qui peut arriver, » une part de lui espère qu'Alexis le suivra. Qu'il le choisira, lui. Dans les yeux de son frère, il voit, le temps d'une milliseconde, une certaine hésitation, avant qu'Aleya ne pose sa main sur son bras pour l'en dissuader. Gael la fusille du regard avec toute la haine dont il était capable. D'une petite voix, Natalia annonce qu'elle suit son aîné. Alexis serre leur sœur contre lui, et se contente de saluer Gael. Un salut froid et sec, bien loin de toutes les étreintes qu'ils ont pu partager. Et un avertissement, lourd et menaçant, si étranger aux rires qui résidaient dans sa voix lorsqu'il lui parlait il n'y avait pas si longtemps. Alors qu'ils se séparent, Gael doit rester de marbre face à cette sensation si déstabilisante qui l'envahit, celle que tout son monde s'écroule à mesure que la distance s'installe entre lui et son jumeau.

Lorsqu'ils arrivent à Aleria, Gael et Natalia sont happés par une si grande concentration humaine qu'ils ont tous les deux beaucoup de mal à s'adapter à ce nouvel environnement. Tout est nouveau, sans cesse en mouvement, sans aucune place pour le silence. Pour Gael, c'est à la fois excitant et fatiguant. Quelques jours après leur arrivée, le jeune homme se met en quête de ce qu'il est venu trouver : des informations. Il doit savoir ce qui se trame, et surtout il doit y prendre part. Bien sûr, il cache son nom, devenu trop connu pour sa propre sécurité, et surtout pour celle de sa cadette. Et c’est presque par hasard qu’il croise la route de Sofya. Plus de dix ans se sont écoulés, et ils se sont reconnus. Ses yeux bleux électriques, pétillants de malice, brillent aujourd’hui d’une rage qui l’habite lui aussi. Elle est heureuse, son sourire est large, et alors qu’ils sont à l’écart de la foule, elle l’enlace sans cérémonie. Gauchement, il lui rend son étreinte. « Je pensais que t’étais mort… On a tous cru que vous étiez morts ! » Elle lui prend la main, naturellement, comme ce jour-là, sur le toit alors qu’ils avait huit ans. Elle l’emmène peu à peu vers des quartiers plus tranquilles et sa voix est un murmure alors qu’elle lui intime de lui faire confiance. C’est ce qu’il fait, Gael, sans penser qu’elle puisse le trahir. Elle regarde à droite, à gauche, puis pousse son ami dans une sorte de tunnel qui s’enfonce dans la terre. Il ne comprend pas, mais suit les instructions et bientôt, le tunnel grossit pour devenir une vaste entrée souterraine. Des gens apparaissent, marchant dans toutes les direction : c’est une fourmilière humaine. Sofya porte les doigts à sa bouche et siffle bruyamment. « Les gens, je vous présente Gael Livanov !! » Après un moment de flottement, où tout le monde s’arrête pour les dévisager, des applaudissements retentissent, et deviennent plus lourds, plus joyeux, plus désordonnés, passant d’un applaudissement respectueux à quelque chose de plus festif. Et alors qu’il est au beau milieu des rebelles, composés en grande partie par des fils de l’air, Gael a une pensée pour son frère, dont il aurait bien prit la main pour partager son bonheur.

S'il s'en souvenait, Gael pourrait raconter tout ce qu'il a ressenti la première fois que ses lèvres ont effleuré celles d'Alexis. Il pourrait raconter que pour la première fois, il s'est senti entier et à sa place, et qu'il a ri en coeur avec son frère, tellement il était heureux. Il ne se souvient pas, parce qu'il était trop jeune, mais leur mère elle s'en souvient. Elle se souvient comment ses garçons s'embrassaient comme une petite habitude, de temps en temps, lorsqu'ils étaient heureux et qu'ils voulaient partager tout ça. Et puis, plus tard, elle leur a dit que ce n'était pas bien. « C'est ce que font les amoureux entre eux. Vous êtes frères, pas amoureux ! » Et elle rit en disant cela, maman. Gael regarde son jumeau, pour voir si lui a compris. Le gosse qu'il est ne comprend pas les grandes idées que cachent ces mots. Il s'en fiche, lui, il aime Alexis. Il le lui dit, souvent, parce que c'est vrai. Comment il l'aime, comme un frère, comme un amoureux ? Ca, il ne sait pas. C'est du détail. Rien n'est important, hormis d'être avec lui.
C'était ce qu'il pensait, en tout cas. Il ne s'en est pas rendu compte tout de suite, mais ils s'embrassent de moins en moins, et ils ne se disent plus qu'ils s'aiment.
Et Gael ne se rend compte de tout ça que des années plus tard. Lorsqu'il regarde le plafond sans réussir à dormir, dans sa petite chambre des souterrains d'Aleria. Une nuit de plus sans dormir, et il se dit que finalement, sa mère aura réussi à les séparer comme elle le souhaitait.

Il ne sait pas pourquoi il a envie de se rendre là-bas, mais il le fait. Parce qu'il a ce besoin qui hurle en lui, cet instinct qui ne le quitte jamais et qui a l'habitude de lui souffler ce qu'il doit faire. Telle une marionnette, il l'écoute. Sa volonté n'est rien face à cette dévorante pulsion qui le contrôle, qui fait mouvoir ses jambes, qui fait taire sa réflexion. Il n'est plus qu'un corps sous tension, rattaché au monde par cette chose étrange qui annihile son être.

Au fond de lui, la tempête gronde et renverse tout sur son passage. Il est un fils de l'air, et c'est ce que lui martèle la Voix dans sa tête. Il est un fils de l'air et il doit voir ce qu'est devenu la demeure de ses ancêtres, dans cette terre qui leur est hostile. Il est un fils de l'air et le vent porte la voix des siens à ses oreilles. C'est une cacophonie étrange, est-ce lui ou est-ce que c'est la réalité ? Il ne sait pas. La Voix et les voix se confondent.
Il se faufile entre les couloirs, faisant pour une fois attention à garder une certaine discrétion. Il sait très bien que ce qu'il doit faire n'est pas permis, et surtout dangereux. Le danger l'anime alors qu'il devrait l'effrayer. Le danger fait battre son sang à ses tempes au lieu de le glacer. Le danger est tout ce qui le maintient en vie. Il a enfin le nez à l'air et les cheveux au vent, ce vent frais de la nuit qui vient s'enrouler à son cou et qui lui rappelle le climat de sa région natale. Il n'a pas vu ses terres depuis plus de dix ans, maintenant, fugitif qu'il est devenu à cause de ce nom qu'il porte pourtant avec fierté. Et puis, ses jambes le portent dans la noirceur nocturne vers son but. Ce que la Voix désire. Plus il s'éloigne de la ville et plus les voix des siens se font fortes à ses oreilles, et il sait que c'est le vent qui les lui amène. Le même vent qui le nimbe et qui semble protéger chacun de ses pas.
Il lui semble qu'il sent encore les odeurs de fumée, alors que les brasiers sont éteints depuis forts longtemps. Sous ses pieds, la poussière a remplacé la cendre. Tout autour, des bâtiments se sont effondrés sur eux-mêmes, d'autres tiennent encore debout par un seul miracle montrant leurs murs éventrés. Le vent est plus fort, il balaie l'endroit comme s'il essayait de le soigner. C'est l'impression qu'il a, en tout cas. Il a l'impression aussi que les voix crient à ses oreilles. Il a l'impression de revoir ces gens devant lui, hurler, courir, pleurer. Il a l'impression de voir cette maison brûler. Les flammes, les flammes, encore des flammes, son cœur s'emballe dans sa poitrine, sa bouche s'ouvre en grand pour essayer de donner plus d'air à ses poumons. Il étouffe dans ce brasier vieux d'une décennie. Ce qui le fait revenir à la réalité, c'est la langue râpeuse de son daemon sur ses doigts. Elle le ramène au présent et les voix s'amenuisent. Douloureusement, il reprend son exploration des lieux, égarant ses doigts sur les fissures qui abîment un mur, sur un graffiti qui semble narguer le temps. Il touche les signes qui ont fait de ces lieux un endroit plein de vie.

Au fond de lui, la Voix reprend le dessus. C'est ce qu'elle voulait : l'amener ici pour que se réveille en lui le désir de vengeance. Une vengeance aveugle vers ceux qui ont détruit ces gens, qui ont détruit sa nation, qui ont réduit des existences à l'état de poussière. En lui se chante les notes d'une justice qui va devenir son unique but. Les larmes d'impuissance qui mouillent ses yeux scellent la promesse muette qu'il fait en son coeur : celle de redonner le droit de vivre à un peuple qui a cessé de respirer.

Ca l’agace, d’être surveillé. C’est Lyra qui a imposé ça. Depuis que Natalia s’est faite capturer, elle a peur que ça puisse lui arriver, alors lui a flanqué un chien de garde quasiment vingt-quatre heure sur vingt-quatre. Fils de l’air, amoureux de sa liberté, il déteste cette impression d’être surveillé. Il se retourne et son regard croise celui qui lui ressemble trop. Son cœur s’arrête, sa rage court dans ses veines mais son amour reprend vie, douloureusement.

« Quoi ?? Qu’est-ce qui se passe ?? EXPLIQUEZ-MOI !!! » Octobre 2002. Des explosions ont fait rage et ont détruit le quartier des rebelles. Alors qu’il a pu s’en tirer grâce au sixième sens, qu’il ne sait pas encore posséder, Gael a laissé derrière lui Alexis et il s’en veut. Même s’ils s’étaient disputés, il aurait dû penser à lui. Il aurait dû être avec lui. Il s’en veut. Alors que les médecins expliquent que son jumeau est dans le coma, Gael serre la mâchoire et tente comme il peut de tenir le coup, du moins en façade. A l’intérieur, il est complètement détruit. Alexis est au bord de la mort et il pourrait la rejoindre d’une minute à l’autre. Et le laisser totalement seul. Pour de vrai, cette fois. Complètement seul pour toujours. Il ne supporte pas cette idée. Il force pour rester ici, et qu’importe s’il doit camper devant la porte pour qu’on lui ouvre. Une infirmière a pitié de lui et lui permet de rester, à condition qu’il fasse soigner. Il hausse les épaules. Il s’en fiche d’être soigné, si Alexis meurt. Il s’installe près de lui, attrape sa main froide et la caresse avec amour, se fichant pas mal qu’on puisse voir tous ses sentiments déborder de ses gestes et de ses regards. Son âme est en train de mourir avec sa moitié et qu’importe qu’on le juge, parce que bientôt, il ne sera plus rien.

« Eh Alexis ! Fais pas la tête ! » Ils partagent leur tente ensemble, sur le chemin qui les mène à Elioras. Alexis peut remarcher, mais seulement avec des béquilles, et Gael ne peut s’empêcher de le charrier. Il est heureux, depuis qu’Alexis a rouvert les yeux. Il l’est plus encore depuis qu’il sait. Depuis ce moment volé dans les douches des rebelles, qui lui a appris tout ce dont son cœur avait besoin. Là, à l’abri de la toile qui les masque, il ose se pencher vers Alexis pour réclamer un baiser, qu’il finit par obtenir. Tendre, puis plus passionné. Il s’arrache aux lèvres d’Alexis juste au moment où il entend les premiers gémissements de son double naître dans sa gorge. « Chut, on n’est pas tout seuls… » Un baiser, plus chaste, puis il dérive ses lèvres sur le cou d’Alexis où il étouffe un rire. Il est heureux et rien ne semble assombrir le tableau.

Il l'aime. Il sait qu'il l'aime parce qu'il n'y a que lui qui réveille ses sens et qui le fait se sentir vivant. Il n'y a que lui qui réveille son corps en glissant de si fines caresses, il n'y a que son sourire qu'il croise entre deux baisers pour le faire se sentir heureux. Il n'y a que dans ses yeux qu'il voit son propre reflet, et qu'il voit autant d'amour que dans son propre regard. Il ne doute plus, Gael, il sait qu'Alexis l'aime. Parce qu'il ne le laisserait pas mordre sa peau en soupirant de cette manière, il ne le laisserait poser ses mains sur son corps et le serrer avec autant d'insistance, il ne se laisserait pas emprisonner ainsi. Alexis le laisse absolument tout faire et Gael sait, en lisant son regard, que c'est ce qu'il souhaite. Qu'Alexis n'a qu'une seule obsession : pousser Gael pour qu'il ne réfléchisse pour et se contente de suivre son instinct, dompté par le désir. Alors c'est ce qu'il fait. Il se penche vers son double, appuie son corps contre le sien et ne lui laisse aucune échappatoire. Pressé entre son frère et le matelas, Alexis sourit alors que ses pupilles se dilatent. Il anticipe, il se réjouit, il sait très bien que ce n'est que le début. Gael lâche un peu plus son poids contre son autre dont la respiration se coupe, et qui se contente de sourire plus encore, enfonçant ses ongles dans les épaules de son jumeau. Gael goûte la blessure comme il goûte un baiser, et scelle leurs lèvres ensemble dans un échange plein de fièvre. Il ne se laisse pas faire, Alexis, mais Gael aime ça. Ca fait partie du jeu, et il adore le dompter, ça rend la victoire plus savoureuse encore et alors qu'il sent Alexis s'assouplir sous son corps, s'adoucir sous ses lèvres, Gael se fait plus tendre. Il se laisse à peine le temps de respirer pour fondre à nouveau sur les lèvres dont il ne peut pas se passer. Il a essayé, pourtant, mais il n'y arrive pas. Il a besoin de ces moments pour sentir l'adrénaline parcourir son corps et pour se sentir vivant. Gael sait, quand il embrasse son jumeau et quand il presse son corps entier contre le sien, qu'il est venu au monde uniquement dans le but d'être avec lui. Il laisse Alexis libérer une de ses jambes pour la passer autour de la sienne. A son tour d'être emprisonné. Mais ça ne lui déplaît pas, au contraire : c'est la stricte vérité, après tout. Gael se sait enchaîné avec son double jusqu'à la fin de sa vie, et l'idée ne parvient même pas à lui faire peur. Parce que si sombrer dans la folie est aussi bon, alors Gael veut rester fou jusqu'à la fin. Tant qu'Alexis est là et le laisse faire ce qu'il veut. Tant qu'Alexis fait danser sa langue contre la sienne et griffe sa peau pour le marquer sien à jamais, Gael restera fou. Fou d'Alexis, de sa manière de lui répondre et de se fondre contre lui comme si rien d'autre ne comptait. Gael lâche ses lèvres pour embrasser son cou, le mordre, laisser s'exhaler des soupirs trop lourds contre sa peau tandis qu'il entend la respiration saccadée de son jumeau et les gémissements que ses lèvres serrées ne parviennent pas à retenir. L'aîné sourit, croise le regard de son autre quelques secondes avant de poser un baiser plus tendre sur ses lèvres. « T'as de la chance qu'il n'y ait plus personne » souffle-t-il. Ils sont seuls dans cette pièce, il n'y a qu'eux dans cette partie du palais. Ils sont seuls ensemble et Gael compte bien en profiter pour le reste de la nuit et pour les jours à venir.






I saw the different things you did,
But always you yourself you hid.
I felt you push, I heard you call,
I could not see yourself at all
Revenir en haut Aller en bas
http://kandrakar.forumactif.be/t120-too-many-war-wounds

Too many war wounds

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
THE FOUR NATIONS. ::  :: LE DÉBUT DE LA FIN :: ILS SONT ACCEPTÉS-